C’est une polémique que nous nous efforçons de ne jamais trop alimenter. Casals a deux prénoms : Pau, le premier, Pablo ensuite. Celui qui peut suffisamment expliciter ces usages patronimiques reste un autre Casals, son frère Enric (source : Pau Casals, Données biographiques inédites. Lettres intimes et souvenirs vécus., Balzac éditeur).

Ce chapitre devrait être dédié aux nombreux Catalans qui voient d’un œil peu amène le fait que mon frère soit connu dans le monde entier sous le nom de Pablo Casals. Une seule raison devrait suffire à les convaincre mais il y en a plusieurs. Une des raisons était que le Catalan, dans la seconde moitié du siècle dernier, se trouvait comme en état de léthargie, à peine parlée par les classes sociales, ostracisée par les hautes classes sociales, et ceux qui la parlaient la mélangeaient à moitié avec le castillan dominant. On prenait l’habitude à transformer et prononcer les noms propres en castillan. La deuxième raison est qu’à Madrid, à cause de sa jeunesse ou par affection pour l’extraordinaire violoncelliste qu’il était, on l’appelait Pablito. La reine Marie-Christine l’appelait aussi Pablito. Et voici que lorsqu’il est revenu à Barcelone, tout le monde a appelé mon frère Pablo. Et c’est sous ce prénom qu’il avait commencé à percer parmi les élèves, qu’il a commencé à donner ses premiers concerts et qu’il a été acclamé. La gloire qu’il a obtenu sous ce prénom était telle qu’il était devenu impossible de le changer sans que les gens pensent qu’il pouvait s’agir de quelqu’un d’autre. Il était comme une marque de fabrique : un seul mot changé et on aurait pu penser à un autre produit. Je crois amusant de révéler que les deux complices du célèbre trio Cortot-Thibaud-Casals l’appelaient affectueusement Pa-bu-lo et que son vieil ami Rubio l’appelait Pablissimo ! Toutefois, quand il a créé l’orchestre Pau Casals, qui était destiné à notre Catalogne, c’est lui qui a imposé Pau qui était son vrai prénom. Je ne crois pas que qui ce soit puisse douter de sa catalanité. Outre le fait que j’ai écrit tout ce que je pouvais dire sur l’amour de mon frère pour sa patrie et sa langue, j’ajouterai qu’en l’honneur de notre mère qu’il adorait, dans sa famille, on a continué à l’appeler Pablo et les lettres qu’il envoyait en attestaient. Pour lui, Pablo n’était pas un nom castillan mais le nom d’un fils reconnaissant qui aimait sa mère, venue de Porto-Rico et qui avait appris à parler catalan avec une certaine correction mais prononciation imparfaite, plus que tout au monde.