Parmi les personnalités les plus illustres qui accordèrent leur haut patronage et l’honneur de leur présence au Festival Pablo Casals de Prades, nous avons à cœur à citer la Reine Elisabeth de Belgique. Celle qui est encore présentée comme « la reine infirmière » – pour son action auprès des soldats du front de l’Yser pendant la première guerre mondiale – et le Maître Pablo Casals échangeaient depuis de nombreuses années des sentiments d’estime et d’admiration réciproques.

Elève et amie de Pablo Casals, la musicienne belge, Germaine Grottendieck, fit don en 1982 à la ville de Prades du Violoncelle Poncin (nom du luthier belge), utilisé par le Maître Casals pour donner un concert privé devant la Reine Elisabeth de Belgique. Le violoncelle n’est pas le seul legs au Musée Casals de Prades… des articles de journaux, billets de concerts, affiches, carnets… et une riche correspondance. Très proche de la Reine Elisabeth de Belgique, la violoncelliste belge fut un témoin privilégié des échanges entre Pablo Casals et la Reine « fée bavaroise » (son père était duc de Bavière et frère de Sissi, Elisabeth d’Autriche). Testore Grottendieck, comme le Maître aimait à l’appeler, fit legs au Musée Casals de nombreux documents… Et sur des pages de carnet, nous avons retrouvé ce délicieux moment…

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Germaine Grottendieck apparait dans le champ de la photo, à gauche, derrière Yehudi Menuhin, la reine Elisabeth de Belgique et Pablo Casals. Elle prêta au Maître le violoncelle Poncin, pour un concert privé devant la Reine Elisabeth, son amie. Utilisé également à Molitg pour des répétitions pendant le Festival de Prades, le violoncelle prit une valeur morale exceptionnelle car après le Maître, personne plus ne joua de cet instrument.

UNE AMITIE ROYALE

La Reine jouait du violon. Pendant sa jeunesse, elle s’enrichit des enseignements de l’illustre violoniste belge, Eugène Ysaye (1858-1931) qui donna l’essor à la fameuse école franco belge, issue des régions wallonnes et continuée en France notamment par Jacques Thibaut.
A la lecture des notes de Germaine Grottendieck, nous captons toute l’admiration vouée à la Reine et saisissons l’intention des prolégomènes : « A Bruxelles, la Reine donna son nom au Concours International de Musique, fondé par Eugène Ysaye deux ans avant sa mort. Elle fonda également près de Bruxelles, la Chapelle Musicale d’Argenteuil, où les plus doués des jeunes musiciens pouvaient trouver le calme et l’enseignement nécessaires à la préparation de leurs épreuves. »
Casals accueillit la Reine ainsi que sa fille Marie José, (ex-Reine d’Italie) au Festival Casals de 1955. La Reine Elisabeth reviendra en 1956 et en 1961. Elle assistait non seulement à tous les concerts mais aussi aux répétitions privées qui avaient lieu à Prades puis à Molitg. Germaine Grottendieck précise :

« Ces répétitions étaient privées et intimes mais le Maître aimait à garder grandes ouvertes à tous, les portes du Salon, exigu dont on craignait que le plancher vermoulu s’effondre quand trop d’affluence s’y entassait. La Reine, toute blanche, fragile et légère, se posait au côté du Maître et restait subjuguée par cette création souveraine qui s’émanait, toute proche des cordes vibrantes. Ces répétitions matinales nous bouleversaient encore plus que les admirables concerts du soir. Nous étions là, entourés, pénétrés de beauté confiée, de fraternité idéalisée. Nous en sortions, sous l’éblouissant soleil du midi, et sur l’aride route de montagne, Brahms et Schubert chantaient  encore en nous. »

L’HOMMAGE DE CASALS A LA REINE

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Pablo Casals et la Reine Elisabeth de Belgique

En 1956, Pablo Casals ne voulut pas laisser passer le 80ème anniversaire de la Reine Elisabeth sans adresser de Prades un message à celle qui ne fut pas seulement la Reine des Belges mais aussi la Reine des Soldats, des savants et des artistes. Une voiture de radio diffusion fut reliée à la chambre de la Villa Colette (maison qu’occupait Casals lors de son exil). C’est de ce modeste logis pradéen que ce message fut enregistré et transmis à la Radio Flamande la BRT. Nous nous tenions dans cette chambre, émus par la solennité de cet instant. Posée, simple et naturelle fut la lecture du Maître. Prenant son violoncelle, il conclut son message par l’interprétation d’un admirable et pathétique Arioso de Jean-Sebastien Bach. Connaissant l’affection et l’admiration de la Reine, ce message fut probablement le plus émouvant qui lui soit parvenu en ces jours de juillet au Château de Stuyvenberg, à Bruxelles. »

« Non seulement les Belges, mais nous tous qui aimons la Reine Elisabeth, nous devons nous réjouir de la célébration de son 80ème anniversaire. Et cet anniversaire nous fournit l’occasion de célébrer aussi la jeunesse, la fraîcheur, l’enthousiasme qu’a su conserver la Reine Elisabeth, cette grande dame qui, aussi bien aux heures sombres qu’aux jours de triomphe, est parvenue à incarner l’âme de son peuple par sa bonté agissante, et par toutes les nobles vertus qui font d’elles l’une des personnalités les plus attachantes, les plus dignes d’admiration.
Majesté, daignez écouter cette musique qui dira mieux que les paroles, les sentiments de profonde dévotion que j’éprouve pour votre Majesté. »

Pablo Casals

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Pablo Casals écoutant le message (ci-dessus) qu’il venait d’adresser à la Reine Elisabeth sur les ondes de la Radio Flamande BRT © D. R.