Christophe Dilys consacra un bel entretien au Directeur artistique Michel Lethiec dans l’Agenda de l’été. Emission à retrouver en cliquant sur ce lien.

Christophe Dilys : Bonjour Michel Lethiec.

Michel Lethiec : Oui bonjour.

Christophe Dilys : Alors vous êtes le directeur artistique du Festival Pablo Casals de Prades qui existe depuis 1950 et tous les ans c’est du 26 juillet au 13 août. Alors comme présentation du festival, un extrait de répétition avec Pablo Casals en chef d’orchestre, ça vous plait ?

Michel Lethiec : C’est génial, merci d’avoir fait ça ! C’est super, parce que il parlait tellement de l’instinct vous voyez, quand il donnait des cours, et là c’est extrêmement représentatif, bravo c’est très bien !

Christophe Dilys : Alors justement vous parliez là de l’interprétation. Parlons déjà de l’académie de Pablo Casals, est ce que vous avez de grands noms à citer d’anciens élèves sortis de l’académie du festival ?

Michel Lethiec : Oh… Il y en a plein là, vous aurez des problèmes avec la régie. Mais un des plus célèbres, par exemple dans les violoncellistes, prenons un violoncelliste tout de suite, dans les jeunes par exemple c’est François Salque vous voyez, qui est venu pratiquement à 11 ans et demi ou 12 ans et qui maintenant est sur scène avec nous, qui est un des plus grands violoncellistes de ce pays et internationalement. Il y en a énormément le nombre de gens qui sont passés là qui sont soliste ou grand orchestre et qui font des grandes carrières, c’est incroyable. Et cette année ça continue, on en a 2-3 du Curtis Institute par exemple, avec qui on a une collaboration, c’est un niveau… mais au-delà du niveau si vous voulez, c’est l’esprit, comme vous le sentez à travers la répétition de Casals, qui je pense est toujours là. C’est-à-dire qu’on reste pendant 3 semaines ensemble, les professeurs, les solistes, les étudiants. C’est une espèce de bain de musique et où on est là tous ensemble. Ça c’est vraiment Casals qui a créé ça en 50 et on fait tout pour que ça reste comme ça bien évidemment.

Christophe Dilys : Mais alors cette question d’unité, j’ai l’impression que le festival peut un peu fonctionner comme un orchestre, vous êtes souvent invité à l’extérieur.

Michel Lethiec : Oui, pas vraiment comme un orchestre. Ça Casals.. bon c’était autre chose à l’époque, tous les américains sont arrivés en 50, les plus grands voulaient venir jouer avec lui. C’était pratiquement le seul festival qui existait comme ça en France de musique de chambre, avec quelques concerts d’orchestre. Maintenant on est seulement pratiquement sur la musique de chambre. Donc on forme des groupes et effectivement on est invité très souvent ailleurs. Bon, pour la qualité des concerts j’espère ! Mais aussi parce que cette image des concerts de musique de chambre est vraiment née à Prades.

Christophe Dilys : Alors je laisse évidemment les auditeurs regarder toute la programmation, c’est assez immense. Mais par contre le concert de ce soir qui est assez particulier, c’est Beethoven et astrophysique ?

Michel Lethiec : Exactement, voilà. Parce que chaque année on donne évidemment une thématique au festival, et chaque concert à un titre. C’est une espèce de fil rouge que j’essaye de défiler un peu pour le public, si même c’est pas toujours expliqué en détail je crois que ça donne un chemin quand même, parce que chaque année faut trouver une thématique différente, donc il faut mettre de la fantaisie. Et alors cette année le thème c’est autour de la paix et l’archet de la paix, parce que Casals comme vous le savez il a titillé les plus grands de ce monde au bout de son archet pour la paix dans le monde, contre la bombe atomique, pour les catalans, contre le franquisme etc, bien sûr. Et j’ai invité un de mes amis, c’est Hubert Reeves, qui évidemment est un homme de paix quelque part incroyable aussi pas avec la musique, encore que, il ne peut pas écrire une ligne sans écouter de la musique. Mais avec lui on parle souvent, lors de soirées, plus ou moins arrosés, d’univers et ça dépasse de loin un phénomène de paix sur un pays, mais ça rejoint une universelle. Et Hubert fait souvent le rapprochement entre la musique qui peut amener la paix, entre l’univers qui est fait de petites particules comme des notes, où tout est construit, donc ça me plaisait beaucoup de l’inviter pour ouvrir le festival ce soir entre Beethoven et Schubert effectivement.

Christophe Dilvys : Donc Beethoven / Schubert. Et là Mendelssohn, vous avez choisi de nous faire entendre le Trio en Ré Mineur Opus 49 de Mendelssohn, avec Pablo Casals au violoncelle, Jacques Thibaut au violon et Alfred Cortot. Est-ce que vous pouvez nous dire un petit peu ce que nous allons entendre ?

Michel Lethiec : Oui c’est ça, alors là je l’ai choisi, merci de l’avoir mis, pour deux raisons. D’abord ce trio effectivement c’était le trio mythique en 1905, on a créé ce trio avec 3 personnalités, des très grandes personnalités musicales, mais de très grandes personnalités disons au niveau personnel différentes. Vous savez l’itinéraire de Cortot malheureusement, bon.. Thibaut qui était le soliste français par excellence un peu brillant comme ça, mais qui lui ne s’impliquait pas tellement dans la vie disons.. pas politique, mais sociale comme l’a fait Casals et d’une telle manière. Et puis aussi ce trio a été joué en 1961, pas par les mêmes interprètes hein.. a été joué devant Kennedy, puisque Casals, quand il s’est remis à jouer, il allait jouer dans les grandes capitales devant les plus grands pour justement les motiver jusqu’au moment où il a eu la médaille de la paix d’ailleurs aux Nation-Unies. C’est pour ça que j’ai choisi ce trio, qui a été beaucoup joué à Prades aussi, ça fait partie du répertoire mythique du festival.

 Christophe Dilys : Et bien merci beaucoup Michel Lethiec, on en écoute le Scherzo.

 A 22’ 23’’ secondes Fin de l’extrait